Yomi no kuni kara - 黄泉の国から  (2014)

Commission by Ensemble Muromachi.


Instrumentation : for 17 musicians (Shakuhachi, Traverso, Sho, Serpent, Orguan, Biwa, 2 Kotos (13 strings), baroc guitar, 2 baroc violin, 2 viola di gamba, baroc cello, 3 counter-tenors)

Publisher : Éditions Musicales Artchipel

Duration : about 17 minutes.


Premiered in 2014, december 26th, at Suginami Koukaidou in Tokyo.


Ensemble Muromachi, cond. Masakazu Natsuda.

黄泉の国から (Yomi no kuni kara) is a special part of my catalogue, not just because of its less than commonplace instrumentation, but also because the project behind it is a reflection on the question of universals. This new aspect of my work is part of my broader exploration of the issue of alterity concept, which brought me to draw an interesting parallel between an 8th century japanese chronicle called the Kojiki, and a classical opera, Gluck’s Orpheus and Eurydice. 
In fact, one of the first Kojiki myths bears a curious resemblance to the Greek myth of Orpheus. Two creator divinities, the male Izanagi and the female Izanami, beget the Kami-sama, divine entities destined to become the islands of Japan. At birth, the last Kami-sama causes his mother’s death, as he is made of fire and burns the birth canal. Izanagi desperately tries to retrieve his defunct spouse from the underworld. He must promise never to look at her again if he is to succeed in his perilous mission.
The parallels with Orpheus are striking. The performance is therefore a sort of inter-narration, balancing two works representing the same themes in very different manners. A long biwa solo gives voice to the Japanese side. The biwa is a sort of lute used in traditional Japanese narrative storytelling. The western classical side is voiced by three countertenors hidden in the orchestra.
The resulting music is nurtured by evanescent ambiguities (a false overture, a fleeting concerto, repeated, suspended musical objects destabilizing the narrative). The coda evokes a nightscape and fades into slow, gentle breathing.

黄泉の国から (Yomi no kuni kara) est une œuvre particulière dans mon catalogue, de part sa nomenclature improbable mais aussi et surtout car le projet qui l'anime tente de réfléchir sur la question des universaux. Si cette dimension est nouvelle dans mon travail, c'est parcequ'elle s'inscrit dans mes réflexions plus larges sur la notion d'altérité. Elle m'a amené ici à mettre en regard le Kojiki, sorte de genèse Japonaise écrit au VIIIème siècle de notre ère, avec un opéra classique, Orphée et Eurydice du compositeur Christoph Willibald Gluck.
En effet, l'une des premières histoires narrée dans le Kojiki ressemble à s'y méprendre au mythe d'Orphée : Izanami et Izanagi, deux divinités créatrices, donnent naissance à plusieurs Kami-sama (esprits et divinités qui deviendront les îles du Japon). L'un d'entre eux tue sa mère à sa naissance car il est constitué principalement de feu et lui brûle le vagin. Izanagi tente alors de retrouver sa femme aux enfers (yomi no kuni) et a l'interdiction de la regarder s'il veut la récupérer...
Les points de convergence sont troublants avec Orphée. La structure de ma pièce s'établit donc dans une sorte d'inter-narration bornée par ces deux œuvres incarnées de manière différentes ; par un long solo de Biwa, qui, dans la tradition japonaise, avait un rôle de support pour raconter les épopées et par un dispositif particulier de trois contre-ténors cachés dans l'orchestre, qui évoquent davantage la figure occidentale.
La musique résultante se nourrit d'ambiguités formelles (fausse ouverture, impression de concerto en fuite, objets musicaux suspendus et répétés qui destabilisent la sensation narrative) s'évanouissant au sein d'une coda pensée comme un petit paysage nocturne, qui se réduit progressivement en une respiration lente et organique.

 私は、近年、「他性」(l’altérité) −−他者、自分ではないもの、異質なもの−−という哲学概念をテーマに作曲を行ってきました。異質なもの(「自己」と「他者」)が出会ったときに発生する不均質性を、バランスをとって支えるために、両者の元来の意味や意味性を変質させる(altérer)。­­­­−−これが私の作曲であり、私はそれを、他者と向き合うアプローチの、そして、私たちが生きている世界の複雑さを理解するための方法のひとつと捉えています。
 亡くなった愛しい妻に会いたいと黄泉の国を訪れた夫が、見てはいけないと言われた妻の姿を見てしまったことで、永遠に彼女を失う… 今回の演奏会のテーマである、グルックのオペラ《オルフェウスとエウリディーチェ》の原作神話と、日本で最も古い8世紀の書物「古事記」の冒頭の一部との類似に、私は驚きました。