Orchestra

Slide listening (2017)

Instrumentation: concertino for piano and orchestra
Duration: about 9 minutes
Premiere: March 5th 2017 by the three finalists of Piano Campus international piano competition.
Orchestre Melodix, conducted by Fabrice Parmentier
National Theater of Cergy-Pontoise

Publisher : Éditions Musicales Artchipel

Commission: Pascal Escande for Piano Campus competition

Slide-listening est une pièce écrite pour piano et orchestre qui s’éloigne quelque peu de la forme classique du concertino dans le rapport entre le soliste et l’orchestre. Ici le discours ne s’établit pas au sein d’un axe confrontation/dialogue, mais plutôt dans une volonté d’orchestrer l’instrument soliste, de créer une sorte de piano augmenté par l’orchestre. Ce dispositif compositionnel filtré laisse s’échapper quelques résidus orchestrés et autres textures autonomes pensées comme des respirations d’ordre environnemental, proches du design sonore.
La forme et le matériau convergent dans la figure du glissement. Du glissement de l’archet sur les cordes au glissement de clusters diatoniques au piano, du glissement des flutes à coulisses au glissement de la superball sur le tam, du glissement d’objets musicaux au glissement des situations d’écoute, ces diapositives sonores s’entrechoquent à un tempo soutenu.
Cette pièce, créée par les finalistes du concours international Piano Campus 2017, met par ailleurs en jeu ce que j’appelle des OEM (objets esthétiquement modifiés) issus du concerto pour piano de Schumann (au programme de la finale). Les OEM sont des fragments musicaux issus de la littérature classique ou traditionnelle ; ces fragments sont, un peu à l’instar des manipulations génétiques, d’abord prélevés, décontextualisés, modifiés esthétiquement, puis confrontés à un nouvel environnement musical.

 

Écoumène (2019)

Instrumentation: concerto for piano and orchestra 
Duration: about 19 minutes
Premiere: October 11th 2019 by François-Frédéric Guy (piano and conductor) and Orchestre de l'Opéra de Limoges.


Commission: François-Frédéric Guy.

Dedication: François-Frédéric Guy.

Publisher : Éditions Musicales Artchipel


Pour Augustin Berque, l’écoumène est « la relation à la fois écologique, technique et symbolique de l’humanité à l’étendue terrestre ». En transposant cette relation dans l’espace imaginaire du pianiste/chef avec son orchestre, j’ai voulu poser les bases d’un dialogue entre ressources naturelles (l’écologie du son, la simple vibration, l’élaboration de petits paysages sonores) et ressources culturelles, avec l’utilisation d’Objets Esthétiquement Modifiés (O.E.M) issus principalement du 12ème concerto pour piano de Mozart. Car à l’heure d’une mondialisation financiarisée dévastatrice, les unes sont tout autant en danger d’épuisement que les autres. François Jullien nous avertit sur l’écrasement des ressources culturelles par le « le grand rouleau compresseur de la mondialisation et de son marché. » Quand Harry Potter, par exemple, « empilé sur les tables des librairies, formate, à tous les coins du monde, le même imaginaire de la jeunesse. » L’écriture d’Écoumène explore la musique du passé en créant des espaces sonores inattendus entre langage contemporain et réminiscences tonales. Ces espaces réinstaurent ici la tradition perdue du concerto dirigé par le soliste. La genèse de la pièce, qui est d’abord celle d’une rencontre et d’une amitié avec le pianiste commanditaire de l’œuvre François-Frédéric Guy, a pu voir le jour grâce à un financement participatif. Ce modèle écosystémique, présent de la première esquisse à la création, tisse des liens puissants entre la réalisation de l’œuvre et son essence artistique, entre le public et les musiciens, entre le compositeur et l’interprète. Il est porteur d’espoir pour la sauvegarde et le développement des ressources culturelles. N’oublions pas celles de notre chère planète !

 

Amorces-éclipse (2021)

Instrumentation:  orchestra (30 musicians)
Duration: about 13 minutes
Premiere: November 17th 2021 by Orchestre Colonne conducted by Jean Deroyer.

Institut de France

Paris

Dedication: Laurent Petitgirard.

Prix de confirmation en compostion musicale de la fondation Simone et Cino Del Duca.

Publisher : Éditions Musicales Artchipel

La crise sanitaire que nous vivons depuis maintenant un an et demi a des conséquences non négligeables sur mon travail de composition. Passé la sidération du premier confinement, dans l’impossibilité d’écrire une note de musique à l’exception d’une miniature cauchemardesque Frousse (2020), je réalise à présent que les œuvres composées depuis ont toutes eu recours à un substrat extérieur – la peinture de Vincent Dulom pour mon deuxième quatuor à cordes Brèches (2020), la lettre d’Annie Ernaux pour la musique-fiction l’Autre fille (2020) ou encore la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès pour Fragments d’autre (2021). Aussi, je souhaitais me confronter, pour célébrer et honorer le Prix de commande de la Fondation Del Duca, à une œuvre de « musique pure » ou plutôt, à une œuvre sans références à d’autres disciplines et sans utilisation d’Objets Esthétiquement Modifiés (OEM) issus de musiques du passé ou préexistantes. Revenir, en soi, à un exercice compositionnel austère de mise en tension entre forme et matériau. Mais le retour à une situation sanitaire incertaine, au moment de l’écriture, prolonge mes inquiétudes et tend à réduire à néant toutes formes de développement musical dans mes esquisses, l’idée même de projection étant remise en cause au gré des mutations du virus. C’est cette situation particulière, seule possible en l’état, que je tente de mettre en musique au sein de cette œuvre. En mettant en regard une succession d’amorces – qui s’incarne par la répétition d’un objet sonore constitué de battements provoqués par l’accordéon microtonal, avec un gel progressif des cordes au sein de l’orchestre – qui suggère un phénomène d’éclipse, j’ouvre un écart entre deux représentations de nos temps troublés. À travers cette faille se dessinent peut-être les bribes d’un monde meilleur, métaphorisé ici par une écologie du son, minéral et minimal.