Ensemble

Zero Syd Barrett & Two Girls Playing Saxophone (2020)
Âpre bryone (2008-2018)
Flaques de miettes (2008-2018)
Baïnes (2017)
Flots en fioles en flot (2011-2016)
Yomi no kuni kara (2014)
Fables asséchées (2014)
Abîme apogée (2013)
Kaimami (2012)
Épopées - pauses pluitées (2012)
Sérieux gravats (2010)
Une rumeur coule sous tes pas
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Une rumeur coule sous tes pas, il scintille... (2009)

Voix nouvelles at Royaumont (2009).

Instrumentation : flute in G, clarinet - bass clarinet, french horn, bassoon and organ. 

Duration : about 10 minutes.

Premiered in 2009, september 12th at Abbaye de Royaumont. 

Ensemble Linea.Conductor : Jean-Philippe Würtz.

 

Une rumeur coule sous tes pas. Il scintille… tente de révéler les potentialités dramatiques et émotionnelles du timbre, en l’inscrivant comme empreinte fonctionnelle dans des référents classiques du type mélodie accompagnée ou concertino. Les combinaisons de timbres participent à une sorte de dénaturation identitaire progressive de la flûte alto au sein d’un environnement qui opère à la fois comme miroir, prolongement, et rejet. La disposition particulière de l’espace, orgue et flûte d’un côté et trio clarinette – cor – basson de l’autre, permet de souligner ces ambiguïtés sonores par l’élaboration d’un discours musical singulier, transformant l’objet en texture, la temporalité suspensive en temporalité dramatique, la fragilité du timbre en force brute. Cette œuvre s’inspire du premier chapitre du Livre des êtres imaginaires de Borgès, qui s’intitule L’A Boa A Qou..

 

Sérieux gravats (2010)

Commission : French government.

Instrumentation : flute in G, clarinet - bass clarinet, trombone, percussions and piano.

Duration : about 16 minutesPremiered in 2010, september 18th at Abbaye de Royaumont. 

Ensemble Linea.Conductor : Jean-Philippe Würtz.

 

Sérieux gravats est la seconde pièce du cycle Nara.Ce cycle repose sur le concept de Narrats d’Antoine Volodine comme « instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. ».  Il se nourrit également de mes impressions lors de mon premier séjour au Japon – principalement dans la ville de Nara, où j’ai été fasciné par le caractère sacré de la nature et par un sentiment de coexistence pacifique d’entités extrêmement différenciées au sein d’un tout.Après Circa Sika, qui présente des matériaux musicaux directement issus de la culture japonaise, Sérieux gravats tente une transcription à la fois austère et abstraite du concept Volodinien.Ainsi, Sérieux Gravats est une œuvre conçue comme une glissière temporelle d’objets micronnaratifs qui prennent ou reprennent leur « progression vers le rien ».  Ce sont des petites briques de temps et d’histoire, souvent simples et impénétrables, qui s’éclairent les unes les autres, comme elles le peuvent. A l’instar de l’architecture japonaise, qui, depuis des siècles reconstruit à l’identique la plupart de ces édifices, les gravats présentés ici n’évoluent guère. Les espaces qui se créent entre eux sont fragiles, et laissent entrevoir, par-delà le vide interstitiel, quelques lueurs expressives.

 

Kaimami - 垣間見  (2012)

Commission : Ensemble Muromachi.

Instrumentation : for traverso, sakuachi, shô, orguan, kokkyu, baroc violin, shamisen, theorb, taiko, baroc double bass, koto 21 strings, viola di gamba.

Duration : 10 minutes

Premiered in 2012, december 15th at Kioi Hall in Tokyo.

Ensemble Muromachi,conductor : Hiroaki Takaha. 

 

Kaimami est une pièce écrite pour 12 instruments qui fonctionnent à la fois par couples «  instrument traditionnel japonais/instrument baroque occidental »  et en deux groupes distincts et séparés dans l’espace de la scène. Kaimami peut signifier en japonais «  regarder en cachette, à travers…  ». C’est un sentiment et une image prépondérante du Genji monogatari, œuvre littéraire majeure du XIème siècle attribuée à Murasaki Shikibu, qui pose les fondements du roman psychologique, en retraçant les aventures amoureuses d’un jeune prince durant l’époque de Heian.Musicalement, le projet se centre sur la création d’ombres et de lumières entre les différentes sonorités des instruments occidentaux ou japonais, principalement en travaillant sur la fusion des timbres. Quant au dispositif scénique, il est propice au jeu de miroir et autres faux-fuyants entre deux espaces qui se cherchent et qui s’observent, un peu à la manière des amours du Genji.

 

Épopées - pauses pluitées (2012)

Commission : Festival Ars Musica and Ensemble Musiques Nouvelles.

Instrumentation : cello, ensemble (harp, percussions, violin, viola, cello et doublebass) and live electronics.

Duration : about 14 minutes.

Premiered in 2012, march 13th at Studio 4 of Flagey in Bruxelles.

Festival Ars Musica. Jeanne Maisonhaute, cello.

Ensemble Musiques Nouvelles Conductor : Jean-Paul Dessy.

 

Epopées – pauses pluitées est une pièce qui s’inscrit dans la thématique du festival Ars Musica 2012 Altra Cosa. Autre chose, autre cause, autre monde, liens entre les civilisations, les cultures. J’ai choisi de travailler pour ce projet à partir d’une comptine japonaise très populaire datant du XVIème siècle, Toryanse. Dans ce chant traditionnel, il est question d’un passage, d’un petit « chemin de Dieu » inquiétant, d’une traversée dont on ne sait si l’on reviendra. Très présente sous diverse forme tout au long de la pièce, cette mélodie sera mise en regard avec des sonorités électroacoustiques très hétérogènes, qui va des signaux sonores émis dans les passages piétons au Japon afin d’aider les non ou malvoyants à traverser la rue - dont la mélodie Toryanse était autrefois utilisée, à l’élaboration de paysages oniriques ou concrets - pluie, bruits de trafic routier…Le rapport entre l’instrument soliste et l’électronique est pensé comme celui d’un individu à son environnement. Un environnement dans lequel l’individu a un impact, beaucoup de la partie électronique étant liée au temps réel. Elle se décline principalement dans une synthèse liée à la périodicité du signal émis – qui crée une ombre irisée du violoncelle, et sur une improvisation de l’ordinateur à partir du jeu de violoncelle. Progressivement, ce rapport s’inverse – une sorte de violoncelle liquide se dessine sur une ambiance de pluie dans la partie centrale de la pièce. Dans la dernière partie, l’environnement cherche à imiter l’instrument et devient une corde virtuelle, dont la pression s’abaisse progressivement, finissant par rejoindre un violoncelle aux cordes complètement détendues, dont le timbre est presque devenu électroacoustique.L’ensemble instrumental est, quant à lui, le lien entre le soliste et l’électronique. Par moments, il renforce les environnements électroacoustiques. Dans d’autres cas, c’est une orchestration pensée comme un possible résultat d’un traitement électronique sur le violoncelle solo. L’ensemble tente de souligner une ambiguïté entre la source acoustique du son et son possible équivalent électronique - notamment avec l’utilisation de la synthèse par modèle physique concernant des techniques de Col legno. Cette ambiguïté crée un tissu fragile entre deux univers, deux temporalités, entre deux mondes hétérogènes qui s’opposent parfois ou qui se rejoignent par des passerelles improbables.

 

Abîme apogée (2013)

Price San Fedele

Instrumentation : 14 musicians and electronic.

Duration : about 16 minutesPremiered in 2013, september 13th at auditorium San Fedele in Milan.

Ensemble Klangforum Wien/IRCAM/Ensemble Vocal AEDES

 

Abîme apogée has been written for a set of fourteen musicians with electronics and a virtual choir. It takes inspiration from both Chinese cosmology and the figure of Hildegard of Bingen. The work forms part of continuing research into the heterogeneity of materials, as found in the dialogue between an electronic harmonic, intimately derived from the voice, and instrumental writing which is violent and eroded. By questioning the relationship between fixed materials and continuous movement, the piece tries to achieve balance in perpetual motion, like the unification of elements in Chinese cosmology,Taijitu.The text for the women's choir, written by Dominique Quélen, is based on a symbolism close to the writings of Hildegard of Bingen in order to represent a double movement of elevation and decline. The voice is made omnipresent because the electronic device focuses on developing hybrid musical objects from signal descriptors found in vocal responses. Clarinet, trombone and violin are also affected by the device, which simulates the creation of more instruments, or meta-instruments, essentially making Abîme apogée a journey that leaves more and more space to the electronic, developing dream-like soundscapes.

 

« Abîme apogée » est une pièce qui s’inscrit dans le projet «unirsi al cielo» du concours San Fedele de Milan et dans le cursus 2 d’informatique musicale de l’IRCAM. Pièce écrite pour un ensemble de quatorze musiciens, électronique et chœur virtuel, elle s'inspire à la fois de la cosmologie chinoise et de la figure d’Hildegarde de Bingen. Il s’agit ici de poursuivre mon travail de recherche sur l’hétérogénéité des matériaux par le dialogue d’une écriture instrumentale effacée et violente avec une électronique harmonique et intimement dérivée de la voix. En interrogeant le lien entre la fixité du matériau et le mouvement continu, l’oeuvre tente d’aboutir à un équilibre en perpétuelle mouvance, à l’instar de l’unification des éléments de la cosmologie chinoise dans le Taiji-Tû.Le texte du choeur de femmes diffusé a été écrit par Dominique Quélen. Il repose sur une symbolique proche des écrits de Hildegarde de Bingen pour représenter un double mouvement d’élévation spirituelle et de déclin. La voix est omniprésente dans l’oeuvre, car le dispositif électronique se centre sur l’élaboration d’objets musicaux hybrides à partir de descripteurs du signal, entre geste instrumental et réponse vocale .La clarinette, le trombone et le violon sont concernés par ce dispositif qui permet en quelque sorte la création d’instruments augmentés, ou de méta-instruments. Formellement, Abîme apogée propose un voyage qui laisse de plus en plus de place à l’électronique et à l’élaboration de paysages sonores oniriques.

 

Abîme apogée ist ein Stück, das für ein Ensemble von 14 Musikern, Elektronik und virtuellen Chor geschrieben wurde; es lehnt sich in Gleicherweise an die chinesische Kosmologie und die Gestalt der Hildegard von Bingen an. Es handelt sich hier darum, meine Forschungsarbeit über die Ungleichartigkeit der Materialien durch den Dialog einer instrumentalen zurückhaltenden und heftigen Schrift mit einer elektronischen, harmonischen und sehr engen Ableitung der Stimme fortzuführen. Durch das Hinterfragen der Bindung zwischen der Beständigkeit des Materials und der stetigen Bewegung, versucht das Werk zu einem Gleichgewicht in dauernder Unbeständigkeit ein zu münden, nach dem Beispiel der Vereinigung der Elemente der chinesischen Kosmologie in dem Taijitu.Der gesendete Text des Chors der Frauen stammt von Dominique Quélen. Er beruht auf einer Symbolik, die sich an die Schriften der Hildegard von Bingen anlehnt, um eine doppelte geistige Bewegung der Erhabenheit und des Niedergangs darzustellen. Im Werk ist die Stimme allgegenwärtig, denn die elektronische Anlage richtet sich auf die Erstellung hybrider musikalischer Objekte, ab dem Signalgeber,zwischen instrumentaler Geste und stimmlicher Antwort.Die Klarinette, die Posaune und die Violine sind durch diese Anlage betroffen, die gewissermaßen die Schaffung von erweiterten Instrumenten oder Meta-Instrumenten erlaubt. Formal unterbreitet Abîmeapogée eine Reise, die der Elektronik und der Erstellung klanglicher, traumhafter Landschaften mehr und mehr Platz lässt.

 

Fables asséchées (2014)

Commission by GRAME, price of New Forum Jeune Création competition.

Instrumentation : 10 musicians and electronics. 

Duration : about 16 minutes

Premiered in 2014, 23th january in festival Ultraschall of Berlin.

Ensemble Orchestral Contemporain/GRAME/GMEM

 

Fables asséchées est une pièce pour ensemble de dix musiciens et électronique qui s’inscrit dans une réflexion sur le réseau aujourd’hui. Dans nos sociétés mondialisées, où les informations circulent en abolissant certaines frontières spatiales et temporelles, je m’intéresse beaucoup aux liens et autres connections possibles ou improbables entre des éléments hétérogènes. Le projet consiste donc à l’écriture d’une pièce basée sur l’élaboration d’un réseau d’objets musicaux de natures extrêmement différentes, incluant sons concrets, O.E.M. (objets esthétiquement modifiés provenant de musiques rock, classique, baroque, de troubadours, etc.), ainsi que des objets «hybrides».Ces derniers font l’objet d’un travail électronique particulier, qui sera généré en temps réel durant l’exécution de l’oeuvre - il s’agit, par exemple d’associer un son vocal préenregistré au geste instrumental du violon. Deux autres instruments font l’objet de traitements. La clarinette devient ainsi un «instrument augmenté», qui se voit associer souffles, sifflements et bisbigliando d’une harpe virtuelle. Le traitement du trombone consiste en l’élaboration d’une synthèse concaténative en temps réel, à partir des enregistrements sources des O.E.M.Au niveau métaphorique, Fables asséchées s’inspire du roman La cristallisation secrète de Yoko Ogawa. Dans ce roman, la narratrice vit sur une île étrange, coupée du monde, dans laquelle les objets disparaissent progressivement, physiquement puis mentalement de la mémoire des habitants. Cela commence par la disparition des oiseaux, puis des romans, puis des mots et plus encore...Ainsi, la déstructuration progressive du réseau est au centre du projet musical, avec, par exemple, une utilisation des O.E.M. évoluant de la citation référencée (notamment avec le traitement électronique du trombone) à sa déformation complète. Formellement composée de sept petits mouvements séparés par des «marées électroniques», Fables asséchées repose en partie sur le principe structurel de ma pièce Flaques de miettes (2008), où chaque mouvement débute sur la fin du précédent en le poursuivant dans une direction différente comme autant de tentatives unificatrices fuyantes vouées à leurs propres disparitions.

Yomi no kuni kara - 黄泉の国から (2014)

Commission by Ensemble Muromachi.

 

Instrumentation : for 17 musicians (Shakuhachi, Traverso, Sho, Serpent, Orguan, Biwa, 2 Kotos (13 strings), baroc guitar, 2 baroc violin, 2 viola di gamba, baroc cello, 3 counter-tenors)

Publisher : Éditions Musicales Artchipel

Duration : about 17 minutes.

 

Premiered in 2014, december 26th, at Suginami Koukaidou in Tokyo.

 

Ensemble Muromachi, cond. Masakazu Natsuda.

黄泉の国から (Yomi no kuni kara) is a special part of my catalogue, not just because of its less than commonplace instrumentation, but also because the project behind it is a reflection on the question of universals. This new aspect of my work is part of my broader exploration of the issue of alterity concept, which brought me to draw an interesting parallel between an 8th century japanese chronicle called the Kojiki, and a classical opera, Gluck’s Orpheus and Eurydice. In fact, one of the first Kojiki myths bears a curious resemblance to the Greek myth of Orpheus. Two creator divinities, the male Izanagi and the female Izanami, beget the Kami-sama, divine entities destined to become the islands of Japan. At birth, the last Kami-sama causes his mother’s death, as he is made of fire and burns the birth canal. Izanagi desperately tries to retrieve his defunct spouse from the underworld. He must promise never to look at her again if he is to succeed in his perilous mission.The parallels with Orpheus are striking. The performance is therefore a sort of inter-narration, balancing two works representing the same themes in very different manners. A long biwa solo gives voice to the Japanese side. The biwa is a sort of lute used in traditional Japanese narrative storytelling. The western classical side is voiced by three countertenors hidden in the orchestra.The resulting music is nurtured by evanescent ambiguities (a false overture, a fleeting concerto, repeated, suspended musical objects destabilizing the narrative). The coda evokes a nightscape and fades into slow, gentle breathing.

 

黄泉の国から (Yomi no kuni kara) est une œuvre particulière dans mon catalogue, de part sa nomenclature improbable mais aussi et surtout car le projet qui l'anime tente de réfléchir sur la question des universaux. Si cette dimension est nouvelle dans mon travail, c'est parcequ'elle s'inscrit dans mes réflexions plus larges sur la notion d'altérité. Elle m'a amené ici à mettre en regard le Kojiki, sorte de genèse Japonaise écrit au VIIIème siècle de notre ère, avec un opéra classique, Orphée et Eurydice du compositeur Christoph Willibald Gluck.En effet, l'une des premières histoires narrée dans le Kojiki ressemble à s'y méprendre au mythe d'Orphée : Izanami et Izanagi, deux divinités créatrices, donnent naissance à plusieurs Kami-sama (esprits et divinités qui deviendront les îles du Japon). L'un d'entre eux tue sa mère à sa naissance car il est constitué principalement de feu et lui brûle le vagin. Izanagi tente alors de retrouver sa femme aux enfers (yomi no kuni) et a l'interdiction de la regarder s'il veut la récupérer...Les points de convergence sont troublants avec Orphée. La structure de ma pièce s'établit donc dans une sorte d'inter-narration bornée par ces deux œuvres incarnées de manière différentes ; par un long solo de Biwa, qui, dans la tradition japonaise, avait un rôle de support pour raconter les épopées et par un dispositif particulier de trois contre-ténors cachés dans l'orchestre, qui évoquent davantage la figure occidentale.La musique résultante se nourrit d'ambiguités formelles (fausse ouverture, impression de concerto en fuite, objets musicaux suspendus et répétés qui destabilisent la sensation narrative) s'évanouissant au sein d'une coda pensée comme un petit paysage nocturne, qui se réduit progressivement en une respiration lente et organique. 

 

私は、近年、「他性」(l’altérité) −−他者、自分ではないもの、異質なもの−−という哲学概念をテーマに作曲を行ってきました。異質なもの(「自己」と「他者」)が出会ったときに発生する不均質性を、バランスをとって支えるために、両者の元来の意味や意味性を変質させる(altérer)。­­­­−−これが私の作曲であり、私はそれを、他者と向き合うアプローチの、そして、私たちが生きている世界の複雑さを理解するための方法のひとつと捉えています。 《黄泉の国から》は、そうした「他性」の概念を、「普遍」という、矛盾にも思える次元で、より広く捉え直す新たな試みであり、その点で、独特な編成と併せ、私の作品の中で特別なものです。 亡くなった愛しい妻に会いたいと黄泉の国を訪れた夫が、見てはいけないと言われた妻の姿を見てしまったことで、永遠に彼女を失う… 今回の演奏会のテーマである、グルックのオペラ《オルフェウスとエウリディーチェ》の原作神話と、日本で最も古い8世紀の書物「古事記」の冒頭の一部との類似に、私は驚きました。 曲は、この2つの物語が、日本の「語りもの」の伝統楽器である琵琶の長い独奏と、オーケストラの中に配置された、西洋を喚起させる要素としての3人のカウンターテナーたちによって、相互に叙述される構成をとっています。 その結果もたらされる、音楽的要素の中断と繰り返しによる物語性の揺れ動き、「偽序曲」「偽協奏曲」とも呼べるような曖昧な形式のなかで、音楽は、「夜の風景」を表す結尾部において、次第にその呼吸を緩め、ゆっくりと消えてゆきます。

 

Flots en Fioles en Flot (2011-2016)

Instrumentation: concerto for viola and 16 musicians (flute, clarinet, bassoon, french horn, trombone, 2 percussions, piano, harp, 3 violin, viola, 2 cello, double bass).
Duration: about 20 minutes

New version premiered in 2016, january 19th in CRR, Paris.
Viola: Claire Merlet.
Ensemble 2E2M.
Conductor: Pierre Roullier.
New version commissioned by Ensemble 2E2M.

Publisher : Éditions Musicales Artchipel


Flots en fioles en flot est une pièce dont l'écriture se révèle assez libre et intuitive. L’idée de travailler sur la forme du concerto m’a permis de réfléchir sur la notion de dialectique dans ma musique. Elle se manifeste ici doublement : dialectique entre l’idée du continuum (flot) et l’idée d’une marquèterie d’objets (fioles) et entre une écriture classique de concerto (pour le soliste) et des investigations sur le timbre (pour l’ensemble).
Cette pièce explore principalement deux possibilités de couplage entre continuum/marquèterie et ensemble/soliste. Ainsi, dans la première partie, le soliste se verra confier les rennes de la continuité tandis que l’ensemble sera davantage dans la ponctuation d’objets. Une large transition s’opère alors, dans une sorte de longue cadence suspendue et statique, sur une seule note, qui s’ouvre sur la dernière partie, où les choses s’inversent. 
D’autre part, Flots en fioles en flot s’habille d’un côté expérimental lié plus spécifiquement au discours lui-même. En effet, plusieurs objets utilisés ici sont issus de pièces antérieures - principalement du cycle Nara et de mon quatuor de violoncelles Pastilles & apostilles. Ces objets sont, un peu à la manière de mes travaux sur ce que j’appelle les OEM - objets esthétiquement modifiés, prélevés, décontextualisés, réorchestrés, introduits au sein d’un discours de nature différente et mis en regard avec d’autres objets - élaborés pour cette pièce.
Ces derniers s’expriment dans un registre assez large - de l’objet virtuose, classique, presque référencé, aux abstractions expressives, et autres combinaisons de timbres. 

Poursuivant mes recherches sur l’hétérogénéité - comme une composition d’éléments de nature différente, tous ces objets sont jetés sur la partition comme autant de bouteilles lancées à la mer.

 

Baïnes (2017)

Instrumentation: Ensemble with or without silent videos by Jennifer Douzenel (clarinets, saxophones, trombone, percussion, piano, harp, accordion, violin, viola, cello, contrabass)
Duration: about 40 minutes with video, 27 minutes without video.

Premiered in 2018, january 16th in CRR, Paris.
Video : Jennifer Douzenel.
Ensemble 2E2M.
Conductor: Pierre Roullier.
Commissioned by Ensemble 2E2M and 
French government.

Publisher : Éditions Musicales Artchipel
 

    Baïnes est la première pièce de mon cycle Il libro di oggetti alterati - le livre des objets altérés, écrit lors de ma résidence à l’Académie de France à Rome - Villa Médicis.

 

    À travers ce cycle, je tente de poursuivre mes recherches sur le dialogue avec d’autres formes d’expression artistique et sur les mises en tension esthétiques que cela peut engendrer. 

Baïnes met ainsi en jeu, comme matière temporelle et rythmique, des vidéos silencieuses de l’artiste Jennifer Douzenel dans une suite labyrinthique où objets musicaux et visuels se répondent et résonnent les uns avec les autres. Cette forme s'inspire également du concept volodinien de Narrats, comme une suite d’instantanés qui « fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir ».

 

La démarche de Jennifer Douzenel m'a profondément touchée par les convergences possibles avec mon travail. Elle conçoit en effet ses vidéos comme des instants de réel réduits au cadre d’un seul plan fixe, dans une traque continue d’éphémères moments suspendus où la réalité est transfigurée. La dimension plastique de mon langage musical, par mises en tensions d’objets, en recèle des potentialités d’échos saisissant. Dans ma musique, l’élaboration d’une narrativité proche du design sonore donne au silence une place singulière, qui devient ici un véritable point de connexion entre sons et images. Ceci permet d’éviter tout rapport illustratif, seuls quelques « débordements » musicaux sur l’image, ou visuels sur la musique apparaissant comme autant de marqueurs formels et structurants.

 

L’écriture musicale de Baïnes pose également la question de l’objet et de son cadre : elle ne cherche pas à se faire coïncider la musique avec les coïncidences visuelles et poétiques saisies au quatre coin du monde par Jennifer Douzenel. La musique a été pensée par dé-coïncidence, pour reprendre le concept de François Jullien et peut être exécutée sans les projections vidéos, dont elle gardera une mémoire existentielle.

 

Flaques de miettes (2008-2018)

Instrumentation : flute (in C, in G), clarinet, French horn, trumpet in B, trombone, percussions, harp, violin, viola, cello and contrabass.
Duration : about 15 minutes

Dedication : Laetitia Castéra

Publisher : Editions Musicales Artchipel

Premiered in 2018, march 20th at Auditorium Marcel Landowski in Paris.

Ensemble 2e2m
Conductor : Pierre Roullier

Texture ou pointillisme ? Liquide ou solide ? Succession de petits mouvements qui sont autant de tentatives unificatrices vouées à l’échec, Flaques de miettes n’a ni réel commencement, ni réelle fin. Le point de départ est tiré au sort et le nombre de mouvements interprétés est laissé au choix du chef d’orchestre, avec pour minimum l’interprétation d’un cycle, à savoir 10 mouvements. Chacun de ces mouvements débute sur une partie du précédent et le poursuit dans une direction différente en formant une boucle fermée sur elle-même. Leur singularité réside dans le rapport d’un couple peu probable « hésitation directionnelle/homogénéité du matériau » ; ainsi se construit une sorte d’état déambulatoire en proie aux doutes et à l’évanescence d’un équilibre perdu ou fantasmé.  

 

Âpre bryone (2008-2018)

Instrumentation : soprano, flute (in C, in G), clarinet (in B, bass), trumpet in C, trombone, electric guitar, 2 percussions, harp, 2 violins, viola, cello, contrabass and electronics.

Text : Emily Dickinson
Duration : about 19 minutes

Dedication : Claude Ledoux

Publisher : Éditions Musicales Artchipel

Premiered in 2018, may 3rd at Auditorium Marcel Landowski in Paris.

Ensemble 2e2m

Soprano : Hélène Fauchère
Conductor : Pierre Roullier

 

Âpre bryone est une pièce qui met en regard cinq poèmes d’Emily Dickinson au sein d’une trame à la fois narrative et contemplative. Ces deux manières de vivre le temps musical sont extrapolées dans le mouvement physiologique de la respiration (inspiration/expiration) qui rythme la vie formelle de l’œuvre.
Le matériau fait référence à certaines polyphonies orales du XIIIème siècle en Europe occidentale. Son apparente simplicité – deux fondamentales et une mélodie ornementée – est propice à un travail de variation (notamment par l’utilisation quasi-thématique de l’ornementation) et constitue de ce fait une autre ligne de force formelle. 

Les fulgurances Dickinsonniennes trouvent leurs échos dans des gestes électroacoustiques légers, imagés et ponctuels, qui peuvent fragmenter le discours ou tenter de se l’approprier.
L’espace ainsi créé se révèle fragile, épuré et évanescent. 

 

Zero Syd Barrett & Two Girls Playing Saxophone (2020)

Commission : Radio France

Publisher : Éditions Musicales Artchipel

Instrumentation : two female saxophone player, electric guitar, accordion, percussion, doublebass
Duration : 10 minutes.

Premiered in 2020, June 8th-14th, France Musique, Création Mondiale.
Ensemble Linea

Dedication : Jean-Michel Espitallier
 

L’histoire du groupe de rock Pink Floyd a été marquée en 1968 par le départ forcé du guitariste-leader Syd Barrett, auteur-compositeur de la plupart des titres et devenu ingérable sur scène suite é une consommation excessive de LSD. Dans sa magnifique biographie, Jean-Michel Espitallier nous relate une anecdote assez décalée : « Début avril, Barrett est officiellement viré alors que, dans une ultime tentative pour trouver une solution, il a proposé que le groupe engage deux filles au saxophone (?!). »*

J’ai voulu prendre cette suggestion au pied de la lettre et imaginer une pièce où se mêleraient, entre autres, un travail d’écriture inspiré du jeu de Syd Barrett à la guitare et la participation de deux saxophonistes de sexe féminin. Cette œuvre est une petite uchronie musicale en forme d’hommage à l’une des plus fascinante et touchante figure de la musique populaire du XXème siècle.

* Jean-Michel Espitallier, Syd Barrett, le rock et autres trucs, © Le Mot et le Reste, 2017